Discours du Premier Ministre Yves Leterme à la réception de rentrée de l’Union des Classes Moyennes (fr)
October 14 2010, 2:53am
Seule la parole fait foiMadame la Présidente (Marie-Anne Belfroid)Mesdames et Messieurs,Les conséquences désastreuses de la crise financière de 2008, dont a très bien parlé Madame la Présidente, m’ont fait penser à ce mot de Mark Twain : "Il y deux moments dans la vie d'un homme où il ne devrait pas spéculer : quand il n'en a pas les moyens - et quand il les a." L’on pourrait dire la même chose pour les institutions financières.Je ne peux que donner entièrement raison à Madame Belfroid quand elle plaide pour des investissements productifs, qui stimulent l’économie réelle, celle qui crée la richesse sans laquelle il ne peut pas y avoir de redistribution sociale. Les pouvoirs publics aussi ont à jouer un rôle important dans ces investissements, pour créer une infrastructure et un environnement qui favorisent l’entreprise, l’initiative, la prise de risque.Depuis le crise de 2008, le gouvernement a ,dans ce but, lancé des trains de mesures, d’abord pour endiguer le tsunami financier en rétablir la confiance, ensuite pour s’attaquer à la récession économique, et enfin pour réduire l’augmentation du chômage qui découlait de ces crises.Nous ne sommes pas encore sortis de la crise, mais je peux dire que le pire est derrière nous, et que nous avons repris le chemin de la croissance. Cela, bien entendu, nous le devons d’abord à la vision, au courage et à l’audace de nos entrepreneurs et au travail de ceux qu’ils emploient, et je tiens à vous en rendre hommage.Mais le gouvernement aussi a joué son rôle, en soutenant le pouvoir d’achat, en procurant de l’oxygène aux entreprises, et en rétablissant la stabilité financière.Commençons par la crise financière. En réagissant avec détermination, le gouvernement a évité une vague de panique. Dès le premier jour, le vendredi 26 septembre 2008, j’ai promis qu’aucun épargnant d’une institution financière belge ne serait abandonné. Le gouvernement a tenu parole. La garantie des dépôts d’épargne a été majorée pour atteindre les 100.000 euros par épargnant et par institution financière. Contrairement aux Etats-Unis, ou, plus proche de nous, contrairement aux Pays-Bas, aucune banque ni assureur n’a failli.Le gouvernement, en bon sapeur-pompier, a évité que le feu ne se propage aux bâtiments adjacents. Mais il a également adopté des mesures pour éviter que ne se reproduise cette crise financière. Pour ce faire, nous effectuons une réforme en profondeur du secteur financier. Si tout se passe comme le gouvernement l’espère, à fin de cette année la Banque Nationale assumera la responsabilité du contrôle des banques, des assureurs et des fonds de pension. La Commission bancaire, financière et des assurances (la CBFA), qui sera rebaptisée, sera chargée du contrôle des règles de conduite, c'est-à-dire du contrôle de la Bourse et de l’information diffusée par les entreprises cotées en bourse. La ‘‘nouvelle CBFA’’ jouira également de plus de compétences.La crise financière avait miné la confiance. Les gens ont cessé de consommer, le commerce international a chuté et les entreprises ont drastiquement réduit leur production.Afin de rétablir la confiance, le gouvernement a pris des mesures importantes pour renforcer le pouvoir d’achat des citoyens. Dans ce cadre et dans le cadre du plan PME le gouvernement a tout particulièrement voulu renforcer le statut social des travailleurs indépendants. Concrètement nous parlons de 381 millions euros pour les pensions et de 21 millions d’euros pour les allocations familiales. N’oublions pas non plus l’augmentation des allocations invalidités, et l’élargissement du congé de maternité par le biais de titres service pour les indépendants. Par ailleurs une nouvelle enveloppe de bien-être est prévue pour la fin de cette année.Mais le gouvernement a surtout, dès le début de la crise, voulu donner de l’oxygène aux entreprises et aux PME. Dans un premier temps le gouvernement a voulu concrétiser cet objectif par un vaste paquet de réductions de charges à hauteur de 1,1 milliard d’euros dans le cadre de l’ Accord Interprofessionnel. Il s’agit entre autres de l’augmentation du pourcentage de non-versement du précompte professionnel, passant de 0,25% à 1% à partir de janvier 2010 ; du renforcement de la réduction des charges pour le travail en équipes, et du renforcement de la diminution des charges pour les chercheurs. Outre ces réductions de charges, il a été convenu que les hausses salariales ne pouvaient s’élever à plus de 125 euros en 2009 et 250 euros en 2010, et cela en termes nets. Pour permettre cette augmentation, le système des éco-chèques a été créé et les chèques-repas ont été assortis d’une déductibilité à hauteur d’1 euro.Ces réductions de charges ont par la suite été renforcées par de nombreuses mesures anticrise en faveur des entreprises. Une des mesures les plus importantes fut très certainement l’extension temporaire du système du chômage temporaire aux employés, qui a permis d’atténuer les effets de la recrudescence du chômage. Je remarque aussi tout particulièrement la mesure qui a permis le report de paiement des cotisations et qui, par ce biais, a joué un rôle non négligeable dans la poursuite de l’activité de beaucoup d’entreprises. Parmi les autres mesures, il est aussi important de mentionner la suppression de la taxe assurance-crédit, et l’élargissement de l’assurance en cas de faillite. Dans ce vaste programme, les PME et travailleurs indépendants n’ont certainement pas été oubliés. Au contraire toutes les mesures de renforcement de la compétitivité prises dans le cadre de l’Accord Interprofessionnel, les mesures anticrise et particulièrement les mesures sectorielles visaient aussi a soutenir le tissu important que forment les PME dans notre pays.N’oublions surtout pas la poursuite résolue des cinq objectifs du Plan PME : à savoir, stimuler la création d’entreprises; renforcer la sécurité de l’entrepreneur ; améliorer les relations entre les PME et les pouvoirs publics; améliorer le marché du travail pour les PME ; rendre plus attractif le statut social des indépendants. Plan contenant 40 objectifs concrets et dont la plupart furent réalisés sous les hospices de Madame la Ministre Laruelle. C’est, entre autre, ce plan qui a permis d’améliorer le statut social des indépendants en pleine période de crise.Dernier fait d’armes, pour l’heure, dans le cadre de la mise en œuvre du plan PME : le Conseil des ministres a approuvé un avant-projet de loi autorisant l’exercice par une personne morale de professions économiques libérales réglementées. Mesdames et MessieursLe résultat de tout cela est que la Belgique a fait mieux – ou moins mauvais – que la moyenne de l’Union européenne en ce qui concerne le taux et l’augmentation du chômage et le déficit budgétaire.Nous commençons à récolter les fruits de cette politique, et du dynamisme de nos entreprises. En effet pendant le second trimestre de cette année, nous notions une croissance de 2.4% par rapport à l’année précédente. Cette croissance est portée par la demande intérieure ainsi que par une reprise des investissements des entreprises. La demande intérieure est le résultat du nombre moins élevé de licenciements en Belgique par rapport au autres pays de l’UE. Que faire pour que le pays reste sur la bonne voie? Un gouvernement d’affaires courantes n’a pas une grande liberté de manœuvre mais il n’est pas non plus impuissant.Madame la Présidente a très justement parlé de la nécessité de finances publiques saines. Grâce aux mesures prises, nous réduisons le déficit du budget fédéral à 4,8% pour 2010 et 4,1% pour 2011. En plus, le gouvernement a posé, les jalons pour une politique à plus long terme, qui doit ramener le déficit à 3% en 2012, et doit rétablir l’équilibre budgétaire en 2015. Il n’en est pas moins nécessaire d’également éponger la dette d’état parce que tout ce que nous payons en remboursement de la dette, nous ne pouvons pas l’investir dans le pays. C'est vrai que, comme Madame la Présidente l’a dit, l'Etat se doit de réduire ses dépenses. Mais l’Etat, dans notre pays fédéralisé, ce ne sont pas seulement le gouvernement et l’administration fédérale. Ce sont aussi les gouvernements et administrations communautaires, régionales, locales. Ils devront donc aussi être impliqués dans les efforts.Pour le gouvernement fédéral, pour tous les gouvernements de ce pays, il convient de consacrer toute notre attention à l’approche de nos problèmes structurels, tels que la compétitivité des entreprises, l’infrastructure, le trop faible taux d’emploi et de recherche, les insuffisances de nos systèmes scolaires dans une économie qui devient une économie de connaissance.Le Belgique, en tant que pays assumant la présidence tournante de l’Union Européenne, s’inscrit avec conviction et énergie dans une approche européenne des problèmes structurels. La nouvelle stratégie ‘‘Europe 2020’’, dans laquelle la Belgique s’est fortement investie, détermine la voie à suivre. La stratégie offre en effet un moyen concret de laisser la crise derrière nous tout en assurant à l’Union une économie intelligente, durable et inclusive, garante de hauts niveaux d’emploi, de productivité et de cohésion sociale. Les PME européennes, principales créatrices d’emplois, doivent y jouer un rôle important. Les pays membres devront donc ancrer les besoins des PME dans le déploiement de leurs stratégies EU2020 nationales. Mesdames et Messieurs,Notre pays compte sur chacun d’entre vous. A votre attention, à vous tous qui êtes en train de nous sortir de la crise, à vous tous qui avez encore des trésors d’audace et le goût d’entreprendre, j’aimerais adresser, pour terminer, et en toute confiance, la devise d’une vieille famille noble de ma province natale, de Bruges, la famille Gruuthuuse : ‘Plus est en vous’. Je vous remercie de votre attention.

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